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LEUR CARTE DE GUERRE ET NOTRE CARTE DE PAIX Les Marchés alliés maîtres de l'Allemagne Voici que se dresse enfin l'arme suprê- me et terrible que la volonté de l'Entente tenait en réserve et qui seule est de taille à maintenir infrangibles et inébranlables les conditions de paix basées sur la justice qu'apres M. Lloyd George, le president Wilson vient de proclamer à la face du monde comme indispensables pour notre existence et pour notre liberté. Il ne s'agit plus désormais de preciser seulement ce que nous exigeons, mais de montrer que nous avons les moyens de l'imposer Si l'Allemagne affirme partout, au nom de sa fameuse "carte de guerre". qu'elle entend dicter à ses adversaires en occupant leurs territoîres des exigences dont elle est juge, à notre tour, nous avons en main, au cas où elle n'accepterait pas ce que nous voulons, de quoi la ruiner definitivement, lui enlever pour toujours les moyens de vivre. Elle commence à comprendre avec épouvante que nous irons s'il le faut jusque-là. La question est maintenant posée dans sa gravité tragique. Non seulement le president Wilson a déclaré qu'il pourrait être impossible, si les maitres ambitieux de l'Allemagne cherchaient ´ troubler la paix du monde, " d'admettre l'Allemagne aux rapports économiques libres qui doivent inévitablement sortir d'une veritable paix "; mais déjà´, les hommes d'affaires, les Chambres de commerce de l'Amérique envisagent froidement la possibilité de boycotter de tous les marchés alliés le commerce de l'Allemagne après la guerre, si elle conserve sa forme présente de gouvernement. Cette menace a donc cessé d'être théorique. C'est en pleine connaissance de cause, après de mûres et pratiques réflexions, après le patient inventaire de tout ce que nous avons entre les mains et dont nous pouvons la priver jusqu'à la faire mourir, qu'elle se formule. Elle a une autorité´ plus grande encore que tout avertissement venant des sources officielles. C'est la grève de toutes les forces formidables de l'activité économique des allies qui se refusent au barbare. Les termes du dilemme sont tres nets; ou la paix juste, telle que nous avons pose les conditions, ou la suppression tatale des matieres premieres, c'est-a-dire la famine, l'arret de toutes les industries, l'extermination en tant que nation productive. Quelles que soient, en effet, les branches de son industrie ou de son commerce, l'Allemagne ne peut alimenter ses usines en matieres premieres sans le concours des allies. Telle est la constatation irrefutable a laquelle aboutit l'inventaire ou, si l'on peut dire, la carte des matieres premieres alliees, dressee au ministere du commerce par M. Clementel. Les chiffres en son d'une eloquence sans replique. En vivres d'abord, l'Allemagne voit bloquer 85 millions de tonnes de froment contre 16 millions qu'elle produit avec l'Autriche. 23 contre 9 d'orge, 48 contre 12 d'avoine, 90 contre 7 de mais, 94 contre 0,1 de riz. Plus de the, plus de cafe, presque pas de cacao ni de tabac. Meme avec le concours de la Russie et de quelques neutres, c'est la famine Mais voici qui est plus grave encore. Pas le moindre coton contre nos 4 millions 1/2 de tonnes, pas de jute ni presque de chanvre; a peine 16,000 tonnes de soie et 100,000 de lin contre 230,000 et 1 million 225,000. Enfin, neant comme caoutchouc contre nos 130,000 tonnes et 13,000 tonnes a peine entre tous les neutres. Deficit a peu pres absolu aussi pour les graines oleagineueses qui conditionnaient chez nos ennemis tant d'industries, et dont ils peuvent obtenir a grand'peine 166,000 tonnes en face des 8 millions de l'Entente. Enfin, pour la metallurgie et les minerais, ou l'Allemagne manifestit l'orgueil insense de vouloir commander au monde, c'est un desastre. A peine 37 millions de tonnes de minerai de fer contre 105 a l'Entente, 28,000 tonnes de cuivre contre 780,000, 172,000 de plomb contre 1 million 100,000, 14,000 de nickel contre 390,000, 124,000 de manganese contre 2 millions 218,000; pas de platine, pas de tungstene, pas de bauxite. Ces chiffres, d'ailleurs, sont corrobores par ceux qui emanent de nos ennemis euxmemes. Nous avone sous les yeux la derniere edition qui a pu nous parvenir avant la guerre du Statistiches Jahrbuch fur das Deutsche Reich, donnant la situation du commerce exterieur de l'empire allemand pour 1912. Les marchandises detenues par les pays de l'Entente representent pous l'Allemagne 47,9% de ses importations totales. Quant aux marches de l'Entente, ils absorbent 45,3% des exportations de l'empire. Comment son industrie formidable, partout orientee vers la surproduction pourrait-elle subsister si des debouches pareils viennent tout a coup a se fermer?

Nous avons demande a un de nos plus distingues maitres de l'Universite de Bordeaux. M. Sauvaire-Jourdan, qui connait a merveille la situation economique de l'Allemagne, son opinion sur cette question si grave de laquelle depend, on peur le dire, tout l'enjeu de la guerre. Selon lui, une pareille menace, venant des Allies comme moyen d'arriver a une paix juste et d'eviter d'autres conflits, est des plus serieuses. Elle apparait meme comme une sanction positive sur laquelle peut se fonder plus tard cette Societe des Nations dont on parles tant et qui sans elle resterait quelque peu theorique. Contre une idee de ce genre, d'ailleurs, on ne peut elever aucune objection. Il est juste que nous gardions pour nous ce que nous avons, avant de servir les autres. Toute une grande phase de notre politique douaniere a ete jadis commandee par ce principe. C'etait, on s'en souvient, le systeme << pourvoyeur >>, Meme avec le mercantilisme, la politique de Colbert admet des restrictions importantes et des prohibitions d'exportation. C'est ainsi qu'on trouve des droits d'exportation sur les laines et sur les vins qui ont laisse longtemps des traces et n'ont guere disparu qu'a la veille de la Restauration. Le principe apparait surtout dans toute sa nettete a la belle epoque du systeme pourvoyeur. C'est ainsi que nous lisons dans le preambule d'une organnance de Philippe le Bel en 1305 : << Charite bien ordonnee commence par soi-meme. Ce serait cruaute, quand le champ d'ou nait la source a soif, de la laisser se repandre dans des terres etrangeres >>, Est-il possible de trouver formule plus saisissante et un interet plus actuel? Le public ne voit point assez, nous dit M. Sauvaire-Jourdan, que si l'Allemagne, quoiue bloquee, peut vivre a cette heure parce qu'elle a ses industries de guerre, au jour de la paix, quand elles disparaitront, elle va mourir de faim si ses industries normales ne sont pas rouvertes. Elle va se ruer sur les matieres premieres et sur les produits alimentairs essentiels. Or, elle ne peut vivre deux mois sans coton, sans caoutchouc, sans des quantites suffisantes de minerai de fer. Des avant les hostilites, il lui manquait 2 millions de tonnes de ce minerai. C'etait la terrible disette du fer (Erznoth) dont elle sentait deja la menace et qui l'obligeait a acheter enormement a Briey et a s'interesser a Segre et a Cherbourg. Si la guerre se termine, comme nous l'esperons, par la reprise de la Lorraine et que nous lui fermions les approvisionnements lorrains, c'en est fait de sa prosperite metallurgique. Elle se trouve en face d'une situation sans issue, avec une classe oubriere qui, en dehors des usines de guerre, ne peut travailler qu'avec les matieres premieres qu'elle n'a plus. Evidemment, la fermeture de ses exportations sur les marches allies se fera sentir plus lentement a cause des debouches qu'elle pourra trouver quelque temps en Russie; mais pour l'absence de matieres premieres, elle est frappee au coeur d'une maniere immediate et irreparable. Il s'ensuit du meme coup la fermeture des ports de l'Entente et l'impossiblite de se ravitailler en charbon en Asie et dans l'Amerique du Nord. C'est le boycottage de sa marine marchande, c'est-a-dire la ruine. On dit qu'elle passera par les neutres? Nous n'avons qu'a maintenir a l'egard de ces derniers le controle et le contingentement, qui, realises pendant la guerre, sont encore possibles apres elle. La question est donc tres grave et notre atout des plus puissants. Sans doute, iusqu'a present, notre metallurgic lorraine a vecu du coke allemand, contre lequel elle echangeait ses minerais; mais elle pourra, par des arrangements a intervenir, se ravitailler en Angleterre ou meme ailleurs. En definitive. si l'Allemagne a besion du monde, le monde n'a pas besion de l'Allemagne. Elle ne peut se passer du bloc allie, et nous pouvons nous passer d'elle! Quoi qu'il arrive, nous ne devrons jamais oublier que, s'il en est ainsi, c'est parce que l'Amerique est entree en guerre. Paul Frank

En Angleterre Demission de sir Edward Carson

Londres, 21 janvier.- Sir Edward Carson, ministre sans portefeuille, membre du comite directeur de la guerre, vient d'adresser au premier ministre sa demission est uniquement due a des considerations se rattachant a la convention irlandaise.

<<Quel que soit le resultat de la convention, dit-il, il apparait que ces debats peuvent conduire a une situation qui exige de la part du gouvernement une decision au sujet de la politique en Irlande. >> Apres un examen angoisee, j'eprouve la certitude que ce sera un avantage pour le cabinet de guerre de discuter cetter politique sans que je sois present, etant donne le role tres marquant que j'ai joue dans le passe dans la discussion du home-rule et les promesses qui me lient a mes amis de l'Ulster, >> Je desire aussi etre entierement libre moi-meme pour former mon jugement relativement a la nouvelle situation qui peur se presenter en tenant compte a la fois du devoir supreme qui nous est impose a tous d'aider a la poursuite de la guerre et de mes obligations personnelles comme chef du parti unioniste de l'Ulster. >>Je me suis done decide a me demettre de mes fontions dans le cabinet de guerre. En prenant cette decision, je suis uniquement inspire par les considerations que je viens de'exposer.

    Dans une reponse concue en termesamicax, M. Lloyd George, en acceptant la demission, en exrime son profond regret, mails reconnaft la situation difficile ou se trouve sir Ed. Carson.

>> LES COMMUNES VOTENT >> L'AUGMENTATION DES EFFECTIFS >>Londres, 22 javier, -- Apres quatre heures et demia seulement de siscusion, Ja Chambre des cornmunes a vote tous Jes articles de la lol des effectifs.

>>L'Offensive allemande >> Nous sommes Prets >> New York, 22 Janvier -- Dans son expose hebdomadaire de la situation militaire, M Baker, ministre de. la guerre, parlant du front occidental, a dit: >> Tandis que l'adversaire est tres occupe a concentrer ses forces pour une offensive, les Anglais et les Francais s'occupent avec ardeur a renforcer leurs positions defensives en prenant de nouvelles dispositions tactiques, qui, en de nombreux cas. possedent surtout en caractere pret a toute eventualite.


EN AUTRICHE Le Premier Ministre demissionnaire >>Amsterdam, 22 janvier. --Le premier minstire autriohien a demissionne, et le comte von Toggenburg a ete charge da former le nouveau cabinet. >Von Seidler avait succede a Clam Martinic le 30 avril 1917. Toggenburg etait ministre de L'interieur dans le cabinet Seidler.

LE TRACAIL A REPRIS A VIENNE >>Bale, 22 janvier, __Les journaux de Vienne ont reparu lundi. Le travail a repris dans la plupart des industries. On ne signale jusqu a present aucun incident.

UNE GREVE DE 24 HEURES A PRAGUE >>Bale, 22 javier. --A Prague, les chefs ouvriers publient un manifeste invitant les ouvriers a faire une greve de 24 heures le 22 janvier et a organiser un cortege. Le travail devra reprendre completement: le 23 janvier au matin.

Divergences austor-allemandes >>Bale, 22 janvier. -- "La Gazette de L'Allemagne du Nord" organe du gouvernement allemand, ecrit a propos des attaques du "Fremdenblatt" de Vienne contre le prince de Bulow:

>> Dans les milieux officiels on despprouve absolument les attaques du "Fremdenblatt" contre le prince de Bulow. Il est regrettable que cettl affaire ait ete ebruitee par la presse des pays allies d'une maniere qui ressemble a une immixtion dans les affaires allemandes. Il est, par suite, comprehensible que la presse allemande, quelle que soit son attitude a l'egard de la politique du prince de Bulow, eleve des protestations."

>>La "Gazette de la Croix", comme plusieurs autres journaux conservateurs, est desgreablement impressionnee par les recentes declarations du comte Czernin qu'il ne laisserait pas echouer la paix pour des raisons de conquetes territoriales. Elle estime que ces declarations sont une nouvelle preuve que la politique allemande ne trouve pas aupres de lui l'appui qu'on serait en droit d'attendre.

La Crainte boche des Raids aeriens

>>Amsterdam, 22 janvier. --Selon la "Gazette de Voss", des centaines d'officiers ennemis ont ete ajoutes aux prisonniers de guerre deja internes a Stuttgart et dans les environs de cette ville.


FEUNILLETON DE LA PETITE GIRONDE DU 23 JANVIER 1918

Le Bandit Gentilhomme Par RESCLAUZE DE BERMON CHAPITRE XLIX Les Assises (Suite) Un seul temoin a decharge restait encore entendre. Bien qu'il ne fut pas mele directement a L'affiare, l'avocet l'avalt fail assigner, comptant sur l'effet moral de sa deposition. Le president posa les questions d'usage: -- Comment vours appelex-vous? -- Pierre Jea-Xavier de Revercourt, -- Votre profession? -- Religieux Franciscain, Leutenant de waisseau demissionnaire. -- Ou habitez-vous? -- Generalement a Canton (Chine); acsuellement a Paris, rue de Varennes. -- Veuillez dire ce que vous savez Ce qu'll savait! On lui demandait ca au'il savait! A lui dont les levres devaient rester impitoyablement closes! >>Etait-ce Dieu, vraiment, le Dieu dans l'amour duquel il s'etait Jete comme en unrefuge; etait-ce le Dieu bon, etait-ce le Dieu juste qui avait cree des supplices pareils a celuri que lui infligealant ces seuls mots: >> "Dites ce que vous savez!" II venalt de jurer de dire la verite et unautre serment, anterieur, plus fort et plus sacre encore lui ordonnait de se taire. >>Et ceppendant II savait!;;; >>II savait que cette enfant etait innocente... II savait que, depuis sou berccau, elle etait la victime des plus atroces perfidies. >>Et II ne purvait s'ecrier; >>Cette enfant, c'est ma fille!... On me. l'avolee pour avoir sa fortune!... Maintenant ce sont les vrais coupables qui l'accusent!... Je les connais!... Prenez-les emprisonnezles, guillotinez-les. Pas d'indulgence pour eux, car ce n'est pas une seule victime qu'ils ont faite!... II est des armes plus meurtrieres que le poison!... Qu'est-ce done qui brule mes entrailles? Qu'est-ce done qui brule mes entrailles? Qu'est-ce que ce feu de I'enfer qui me devore le coeur?... Ma fille sur le bane d'imfamie! Ma fille insultee par ces regards qui l'accusent, et bientot ma fille condamnee!... A quoi? Grands Dieux!... A la honte ou a la mort?... A quoi?... Cette jeune existence fletrie ou cette jeune vie fauchee... Et moi qui sais, moi qui suis son pere, je ne puis rien pour la sauver!...Jen n'aurais qu'un mot a dire et ma langue est enchainee plus inexorablement que ne. Ie sont les forcats par leurs cadenas de fer... Et si cette enfant retrouvee monte les degres de l'echafaud, je ne purral rien pour elle que la soutenir et tendre a ses leveres mourentes le Dieu crucifie a laloi duquel ie l'immole! >> pensait, et malgre son energie, mise si sonvent a de rudes epreuves, son emotion etait telle qu'll ne pouvait articuler aucun son. >> Le president dut lui repeter ia formule: -- Venillez nous dire ce que vons savez? >>II sembla alors se reveiller d'un songe. >>D'une voix dont il ne pouvait maitriser. L'eniotion, it dit quill eteit Foncle du fiance de l'accusee, et qua ce titre il etait alle la voir dans sa prison; qu'en s'appuyant sur ce qu'elle considerait comme des preuves, la justice faisait son devoir, mais qu'a cote des preuves materilles il y avait les preuves morales; qu'il ne lul appartenait pas d'empieter sur les droits de la defense, mais qu'il avait eu de longues conferences avee l'accusee et qu'en son ame et conscience il jurait en avoir acquis Finebranlable foi en son innocense. >> y avait dans le ton et dans les affirmations de comissionnaire aux tempes creuses, prematurement vieilli, un tel accent de conviction; Il eut le don d'emouvoir tous ceux qui L'entendaient d'une emotion si speciale, de quelque chose de si imprevu, de si completement ineprouve que, de toutes les depositions, ceile-la fut certainement la plus sensationnelle. >> en Mildred aussi, une fibre setait emue, et quelle fibre! Quelque chose d'inemprimablement doux et d'horriblement angoissant. >>Pour sortir, le missionnaire devait passer tout pres du bane des accuses. Il jeta sur Mildred un indefinissable regard. La jolie tete blonde s'inclina comme pour solliciter une henediction, t il devina au mouverment des lavres, plutot qu'il ne l'entendit, ces mots dits a demi-voix: -- Merci! mon pera.


PAGES D'HEROISME LES GLORIEUX SOLDATS DU SUD-OUEST Recit des operations ayant valu au 6c regiment d'infanterie (Saintes) une citation a l'ordre de l'Armee

Au cours de l'attaque du 20 aout 1917 (region de Verdun). l'objectif du 6c regiment d'infanterie etait la cote 326 (ouvrage du Bufle) et a l'ouest de celle cote les tranchees de Jutland et de Treves jusqu'a l'ouvrage de l'oursin exclusivement.